Une douleur au tendon d’Achille, à l’épaule, au coude, au genou ou à la hanche est souvent rapidement qualifiée de « tendinite ».
Pourtant, ce terme ne décrit pas toujours correctement ce qui se passe.
Les connaissances scientifiques sur les tendons ont considérablement évolué. Une douleur persistante n’est pas nécessairement liée à une inflammation importante ni à un tendon « usé » ou fragile.
Aujourd’hui, les professionnels utilisent plus volontiers le terme tendinopathie pour désigner une douleur persistante du tendon associée à une diminution de sa fonction et de sa capacité à supporter certaines contraintes.
Une tendinopathie peut apparaître après une augmentation du sport, un changement dans le travail ou une modification inhabituelle des activités. Mais l’âge, l’état de santé général, certaines maladies et certains médicaments peuvent également intervenir.
La bonne nouvelle est que le tendon reste un tissu capable de s’adapter.
Dans de nombreuses situations, la prise en charge ne consiste donc pas à arrêter complètement de bouger, mais à adapter les contraintes puis à réentraîner progressivement le tendon.
Dans ce guide, vous découvrirez :
- ce qu’est réellement une tendinopathie et la différence avec une « tendinite » ;
- ses symptômes et ses principales causes ;
- pourquoi l’imagerie ne correspond pas toujours à l’intensité de la douleur ;
- combien de temps la récupération peut prendre ;
- quels traitements sont actuellement les mieux soutenus par les données scientifiques ;
- comment reprendre progressivement le sport ou les activités quotidiennes ;
- et quels signes doivent conduire à demander rapidement un avis médical.

Qu’est-ce qu’une tendinopathie ?
Une tendinopathie est une affection du tendon caractérisée principalement par une douleur liée à sa mise en charge et une diminution de la fonction.
Dans le langage courant, on utilise encore très souvent le mot tendinite.
Le suffixe « -ite » désigne toutefois un processus inflammatoire. Or les recherches ont montré que l’inflammation n’explique pas, à elle seule, la majorité des douleurs tendineuses persistantes.
Cela ne signifie pas que les phénomènes inflammatoires ne jouent jamais aucun rôle. Ils peuvent participer à certaines étapes du processus. Mais la tendinopathie implique également des modifications de la matrice du tendon, de sa capacité à supporter les contraintes et parfois de la façon dont le système nerveux traite les informations douloureuses.
C’est pourquoi le terme tendinopathie est aujourd’hui généralement préféré lorsqu’une douleur tendineuse persiste.
Une tendinopathie ne signifie pas non plus que le tendon est « condamné » ou irréversiblement usé. Un tendon présentant des modifications structurelles conserve généralement une capacité d’adaptation.
| Terme | Ce qu’il signifie |
|---|---|
| Tendinopathie | Douleur persistante du tendon avec diminution de fonction, souvent liée à la mise en charge |
| Tendinite | Terme évoquant spécifiquement un processus inflammatoire ; souvent utilisé de manière générale dans le langage courant |
| Tendinose | Terme histologique décrivant certaines modifications structurelles du tendon |
| Rupture tendineuse | Rupture partielle ou complète des fibres ; ce n’est pas la même chose qu’une tendinopathie |
À quoi sert un tendon ?
Un tendon relie un muscle à un os et permet de transmettre les forces produites par le muscle.
Certains tendons ont également une importante fonction de stockage et de restitution d’énergie. Le tendon d’Achille, par exemple, emmagasine de l’énergie lors de la marche ou de la course avant de la restituer.
Un tendon n’est donc pas une corde passive. C’est un tissu vivant qui répond aux contraintes auxquelles il est exposé.
Lorsqu’une charge augmente progressivement, le tendon peut développer davantage de capacité. À l’inverse, lorsqu’une sollicitation augmente brutalement ou lorsque les capacités ont diminué après une période moins active, certaines contraintes peuvent devenir temporairement moins bien tolérées.
Quels sont les symptômes d’une tendinopathie ?
Les symptômes varient selon le tendon concerné, mais certaines caractéristiques reviennent fréquemment.
Une tendinopathie provoque généralement une douleur localisée à proximité d’un tendon, qui apparaît ou augmente lorsque ce tendon doit produire ou transmettre une force.
Par exemple :
- courir ou sauter peut augmenter une douleur du tendon d’Achille ou du tendon rotulien ;
- monter les escaliers peut être difficile lors de certaines tendinopathies du genou ou de la hanche ;
- saisir ou porter un objet peut augmenter une douleur du coude ;
- lever le bras peut être douloureux en cas de douleur liée à la coiffe des rotateurs.
D’autres symptômes sont possibles :
- une raideur, notamment au démarrage d’une activité ;
- une diminution de la force ou de l’endurance ;
- une sensibilité localisée ;
- une diminution de la capacité à pratiquer certains gestes professionnels ou sportifs ;
- parfois un épaississement du tendon.
Certaines tendinopathies présentent également une raideur matinale ou une douleur lors des premiers mouvements, qui peut ensuite diminuer lorsque la personne se met en mouvement.
Cependant, une douleur située près d’un tendon n’est pas automatiquement une tendinopathie. Une articulation, un muscle, une bourse ou un nerf peuvent provoquer des symptômes similaires.
| Symptôme | Compatible avec une tendinopathie ? |
|---|---|
| Douleur lors de la mise en charge du tendon | ✅ Très fréquent |
| Raideur au démarrage | ✅ Fréquent selon le tendon |
| Diminution de force ou de capacité | ✅ Possible |
| Douleur localisée près du tendon | ✅ Fréquent |
| Fourmillements ou engourdissements | ⚠️ Rechercher notamment une origine nerveuse |
| Perte brutale de fonction après un craquement | 🚨 Rechercher une rupture |
| Déformation brutale | 🚨 Avis médical rapide |
Pourquoi une tendinopathie apparaît-elle ?
Une tendinopathie n’a généralement pas une seule cause.
Le facteur mécanique joue souvent un rôle important : les symptômes peuvent apparaître lorsqu’un tendon est exposé à des contraintes qu’il tolère momentanément moins bien.
Mais cette capacité dépend elle-même de nombreux paramètres : l’entraînement récent, l’activité professionnelle, l’âge, certaines maladies, certains médicaments et l’état général de la personne.
Il est donc plus juste de parler de facteurs contributifs que de chercher systématiquement une cause unique.
Le rôle de la charge et de la capacité du tendon
Un tendon s’adapte progressivement aux contraintes auxquelles il est exposé.
Une personne qui court régulièrement développe progressivement une capacité correspondant à son volume habituel de course. De la même façon, une personne qui réalise régulièrement un travail physique adapte ses tissus à ces contraintes.
Des symptômes peuvent apparaître lorsqu’il existe un décalage important entre ce que le tendon est actuellement capable de supporter et ce qu’on lui demande.
Cela peut arriver après :
une reprise sportive rapide après plusieurs semaines ou mois d’arrêt ;
une forte augmentation du kilométrage en course ;
une augmentation rapide des charges en musculation ;
davantage de sauts ou d’entraînements explosifs ;
un nouveau travail physique ;
un week-end inhabituellement intense de randonnée, bricolage ou jardinage.
Le mouvement n’est donc pas nécessairement « mauvais » pour le tendon. C’est souvent la variation de la charge et le contexte dans lequel elle survient qui comptent.
| Situation | Effet possible |
|---|---|
| Reprise progressive | ✅ Favorise l’adaptation |
| Augmentation brutale de la charge | ⚠️ Peut dépasser la capacité du moment |
| Sport inhabituel très intense | ⚠️ Peut déclencher des symptômes |
| Maintien d’une activité régulière | ✅ Aide à conserver les capacités |
| Arrêt prolongé puis reprise brutale | ⚠️ Situation classique de décalage charge/capacité |
Le manque d’activité peut aussi diminuer les capacités
Une période prolongée d’inactivité ne provoque pas automatiquement une tendinopathie.
En revanche, lorsque les contraintes diminuent pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, les capacités physiques peuvent elles aussi diminuer.
Lors d’une reprise, une activité autrefois parfaitement tolérée peut alors représenter une charge importante.
Cela explique pourquoi une reprise progressive est particulièrement intéressante après :
- une immobilisation ;
- une blessure ;
- une intervention chirurgicale ;
- une longue période d’arrêt sportif ;
- ou une période très sédentaire.
L’objectif n’est donc ni de surcharger le tendon ni de le protéger indéfiniment, mais de lui redonner progressivement les capacités nécessaires aux activités souhaitées.
D’autres facteurs peuvent intervenir
La charge mécanique n’est pas la seule dimension à prendre en compte.
Certaines caractéristiques sont associées à une probabilité plus importante de développer certains problèmes tendineux ou peuvent influencer leur récupération.
Selon la situation, le professionnel de santé peut notamment s’intéresser :
- à l’âge ;
- aux antécédents de blessures ;
- au diabète ;
- au surpoids ou à l’obésité ;
- à certains troubles métaboliques ;
- au tabagisme ;
- à certains traitements médicamenteux.
Les antibiotiques de la famille des fluoroquinolones sont notamment connus pour être associés, rarement mais réellement, à des atteintes tendineuses et à un risque de rupture, particulièrement dans certaines populations à risque.
Cela ne signifie pas qu’une personne présentant l’un de ces facteurs développera forcément une tendinopathie. Il s’agit d’éléments du contexte clinique.
Le sommeil, la fatigue et le stress peuvent également influencer la manière dont une douleur est ressentie et la capacité d’une personne à récupérer ou à suivre un programme d’activité. Ils doivent toutefois être considérés comme des éléments de l’ensemble, et non comme « la cause » du tendon douloureux.
Pourquoi un tendon peut-il être douloureux sans être gravement abîmé ?
Une douleur tendineuse ne constitue pas une mesure directe de l’état du tendon.
Lorsqu’un tendon est irrité ou moins tolérant à certaines contraintes, les informations provenant de cette région sont traitées par le système nerveux et peuvent contribuer à produire une expérience douloureuse.
L’intensité ressentie dépend donc en partie de l’état des tissus, mais pas uniquement.
La sensibilité du système nerveux, l’ancienneté des symptômes, les expériences précédentes, la fatigue, le sommeil et le contexte peuvent également modifier la façon dont la douleur est ressentie.
Cela explique pourquoi deux personnes présentant des images similaires à l’échographie peuvent avoir des symptômes très différents.
Cela explique également pourquoi une douleur importante ne signifie pas automatiquement que le tendon est en train de se déchirer.
À l’inverse, l’absence de douleur ne signifie pas toujours qu’un tendon possède exactement la même structure que celui d’une personne plus jeune ou moins exposée aux contraintes.
L’objectif n’est donc pas d’ignorer la douleur. Elle reste une information importante pour adapter les activités.
Mais il est préférable de l’utiliser comme un élément parmi d’autres, avec la fonction, la force, l’évolution et la tolérance du tendon à la charge.
| Situation | Ce qu’elle signifie |
|---|---|
| Douleur importante | Ne prouve pas à elle seule une lésion importante |
| Anomalie à l’échographie | Ne prouve pas qu’elle explique toute la douleur |
| Douleur pendant un exercice | N’indique pas automatiquement une aggravation |
| Amélioration de la fonction malgré une douleur résiduelle | Peut constituer un signe de progression |
| Perte brutale de fonction | Doit faire rechercher une autre atteinte, notamment une rupture |

Comment diagnostique-t-on une tendinopathie ?
Le diagnostic d’une tendinopathie repose avant tout sur l’histoire des symptômes et l’examen clinique.
Une échographie ou une IRM peut parfois apporter des informations complémentaires, mais aucune image ne doit être interprétée indépendamment du contexte clinique.
Le professionnel cherche notamment à déterminer si la douleur est compatible avec une atteinte tendineuse, quel tendon peut être concerné, quelles contraintes reproduisent les symptômes, quelles capacités ont diminué, s’il existe des signes orientant vers une autre origine et si une orientation médicale ou une imagerie est nécessaire.
| Étape | Objectif |
|---|---|
| Interrogatoire | Comprendre l’apparition et l’évolution |
| Examen clinique | Rechercher les signes compatibles avec la zone concernée |
| Tests fonctionnels | Évaluer force, fonction et tolérance aux contraintes |
| Diagnostic différentiel | Vérifier qu’une autre structure n’explique pas mieux les symptômes |
| Imagerie si nécessaire | Compléter le raisonnement dans certaines situations |
L’interrogatoire
L’interrogatoire permet de comprendre le contexte dans lequel la douleur est apparue.
Les questions portent notamment sur :
- la date d’apparition ;
- une apparition brutale ou progressive ;
- les activités qui augmentent ou diminuent les symptômes ;
- les changements récents de sport ou d’entraînement ;
- les contraintes professionnelles ;
- les blessures antérieures ;
- les traitements et médicaments ;
- l’état de santé général ;
- les objectifs du patient.
Une récente augmentation des contraintes constitue une information intéressante, mais elle ne suffit pas à elle seule à confirmer une tendinopathie.
L’examen clinique
L’examen clinique dépend du tendon et de la région concernés.
Il peut inclure :
- l’évaluation de certains mouvements ;
- des contractions contre résistance ;
- une évaluation de la force ;
- des gestes fonctionnels ;
- certains tests spécifiques de la région ;
- et, lorsqu’il existe des symptômes évocateurs, un examen neurologique.
Pour un tendon d’Achille, cela peut par exemple inclure une montée sur la pointe du pied ou certains sauts.
Pour une douleur de genou, des squats ou d’autres tâches fonctionnelles peuvent être utilisés.
Pour l’épaule, l’examen doit également tenir compte de la mobilité, de la force et d’éventuels symptômes cervicaux ou neurologiques.
Les tests ne servent pas simplement à « provoquer la douleur ». Ils permettent surtout d’évaluer quelles fonctions sont actuellement limitées et d’établir un point de départ pour la prise en charge.
Quand faut-il faire une échographie ou une IRM ?
L’imagerie n’est pas systématiquement nécessaire pour diagnostiquer une tendinopathie.
Dans de nombreuses situations, l’histoire des symptômes et l’examen clinique fournissent déjà suffisamment d’informations.
Une échographie ou une IRM peut toutefois être utile :
- lorsque le diagnostic est incertain ;
- lorsqu’une rupture est suspectée ;
- en cas de traumatisme important ;
- lorsque l’évolution est inhabituelle ;
- lorsque les symptômes persistent malgré une prise en charge correctement conduite ;
- ou lorsqu’une intervention particulière est envisagée.
L’échographie peut montrer un épaississement, des modifications de structure, des calcifications ou une rupture.
Mais ces anomalies ne correspondent pas toujours directement à l’intensité des symptômes.
Une imagerie anormale ne signifie donc pas automatiquement que le tendon est gravement endommagé ou que toutes les douleurs proviennent de cette anomalie.
Inversement, une imagerie peu modifiée n’invalide pas l’expérience douloureuse du patient.
L’image doit être interprétée avec les symptômes, la fonction et l’examen clinique.
Ne pas confondre avec une autre douleur
Une douleur ressentie à proximité d’un tendon peut avoir une autre origine.
Une douleur de la fesse peut par exemple provenir :
- des tendons fessiers ;
- de la hanche ;
- de la colonne lombaire ;
- ou d’une irritation nerveuse.
Une douleur d’épaule ou du bras peut également être liée à la coiffe des rotateurs, à une articulation ou parfois à une origine cervicale ou neurologique.
Des fourmillements, un engourdissement ou une douleur électrique doivent notamment faire envisager une origine nerveuse.
C’est pourquoi il est préférable de confirmer l’hypothèse clinique avant de traiter systématiquement toute douleur située près d’un tendon comme une « tendinite ».
Si votre douleur provient principalement du bas du dos, consultez mon guide sur la lombalgie.
Quand faut-il consulter rapidement ?
La majorité des tendinopathies ne constituent pas des urgences médicales.
Certains symptômes doivent toutefois conduire à demander rapidement un avis médical, notamment lorsqu’ils évoquent une rupture ou une autre pathologie.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Douleur progressive lors d’un effort, fonction conservée | 🟢 Généralement non urgente |
| Douleur persistante empêchant progressivement les activités | 🟠 Évaluation recommandée |
| Douleur brutale + sensation de claquement | 🟠 Avis médical rapide |
| Perte brutale importante de force | 🟠/🔴 Selon le contexte |
| Déformation visible ou impossibilité soudaine d’utiliser le membre | 🔴 Évaluation rapide |
| Rougeur importante + chaleur + fièvre | 🔴 Avis médical rapide |
| Traumatisme violent | 🔴 Selon le contexte |
Une douleur tendineuse apparaissant pendant ou après l’utilisation de certains médicaments, notamment des antibiotiques de la famille des fluoroquinolones, mérite également un avis médical rapide, particulièrement si le tendon d’Achille est concerné.
Comment soigner une tendinopathie ?
Il n’existe pas un traitement unique valable pour toutes les tendinopathies.
La stratégie dépend du tendon concerné, de la durée des symptômes, du niveau d’activité, des objectifs de la personne et des éventuels facteurs médicaux associés.
Néanmoins, un principe revient régulièrement dans les recommandations modernes : préserver ou reconstruire progressivement la capacité du tendon à supporter les contraintes.
Cela repose généralement sur une adaptation temporaire des activités puis sur un programme actif et progressif.
| Approche | Place générale |
|---|---|
| Information et éducation | ✅ Importantes |
| Adaptation des contraintes | ✅ Élément central |
| Exercices progressifs | ✅ Élément central pour de nombreuses tendinopathies |
| Maintien d’une activité compatible | ✅ Généralement conseillé |
| Kinésithérapie / rééducation active | ✅ Selon les besoins |
| Thérapie manuelle | 🟠 Peut aider certains symptômes, en complément |
| Médicaments | 🟠 Soulagement symptomatique selon le contexte |
| Infiltrations | 🟠 Indications et résultats variables selon le tendon et le produit |
| Ondes de choc | 🟠 Peuvent être pertinentes dans certaines situations spécifiques |
| Chirurgie | 🔵 Indications limitées et dépendantes du tendon et de l’évolution |
Adapter les contraintes plutôt que tout arrêter
Lorsqu’une activité provoque fortement les symptômes, deux stratégies extrêmes sont rarement idéales :
continuer exactement comme avant malgré une aggravation importante, ou arrêter complètement toute activité pendant plusieurs semaines.
La stratégie consiste plutôt à trouver une charge temporairement compatible avec les capacités du moment.
Cela peut signifier :
- diminuer le kilométrage en course ;
- réduire temporairement les charges ;
- diminuer les sauts ;
- modifier la fréquence des entraînements ;
- fractionner certaines activités professionnelles ;
- choisir temporairement une activité cardiovasculaire mieux tolérée.
Cette adaptation n’a pas pour objectif de protéger définitivement le tendon.
Elle crée simplement un environnement permettant ensuite d’augmenter progressivement les contraintes.
Une approche associant éducation, adaptation des contraintes et exercice a notamment montré de bons résultats dans la tendinopathie glutéale, y compris à long terme.
Les exercices progressifs
Les exercices constituent un pilier majeur de la prise en charge de nombreuses tendinopathies.
Leur objectif n’est pas simplement de « faire du muscle ».
Ils permettent de développer progressivement :
- la force ;
- la capacité à supporter les contraintes ;
- la tolérance aux gestes du quotidien ;
- et, lorsque cela est nécessaire, les capacités spécifiques au sport.
Les exercices peuvent utiliser différents types de contractions :
- isométriques ;
- concentriques ;
- excentriques ;
- résistance lente et lourde ;
- exercices fonctionnels ;
- travail pliométrique lorsque la reprise sportive le nécessite.
Il n’existe pas un protocole universel supérieur pour toutes les tendinopathies.
Le programme doit être adapté au tendon concerné, à la phase de récupération et aux objectifs.
Les données récentes sur la tendinopathie rotulienne illustrent bien cette nuance : plusieurs stratégies de charge progressive semblent raisonnables, sans qu’une hiérarchie définitive entre toutes les méthodes puisse être affirmée.

Faut-il faire des exercices isométriques ?
Les exercices isométriques correspondent à une contraction musculaire sans mouvement visible de l’articulation.
Ils peuvent être utilisés dans certains programmes de rééducation et sont parfois bien tolérés lorsqu’un tendon est sensible.
Certaines études ont montré un effet antalgique à court terme dans certaines tendinopathies, mais cet effet n’est ni systématique ni indispensable à la récupération.
Les exercices isométriques ne doivent donc pas être présentés comme une « première phase obligatoire ».
Ils constituent une option parmi plusieurs, qui peut être choisie selon la situation avant de progresser vers des exercices capables de préparer le tendon aux contraintes réelles de la vie quotidienne ou du sport.
Peut-on avoir mal pendant les exercices ?
Pas nécessairement.
L’objectif d’un programme d’exercices n’est pas obligatoirement d’obtenir zéro douleur à chaque répétition.
Chez certaines personnes, une douleur légère à modérée et transitoire peut être compatible avec la progression.
Chez d’autres, un exercice presque indolore sera préférable.
La douleur n’est donc pas le seul critère à utiliser.
On surveille également :
- l’évolution générale des symptômes ;
- la récupération après l’exercice ;
- la fonction ;
- la force ;
- la quantité d’activité tolérée ;
- et l’évolution sur plusieurs semaines.
Si la douleur augmente progressivement séance après séance, reste nettement majorée longtemps après l’exercice ou entraîne une diminution de la fonction, la charge doit généralement être réévaluée.
| Réaction | Interprétation pratique |
|---|---|
| Inconfort léger et transitoire | Peut être acceptable selon le programme |
| Fonction stable ou en amélioration | Plutôt rassurant |
| Récupération correcte entre les séances | Compatible avec une progression |
| Douleur qui augmente semaine après semaine | Adapter la charge |
| Perte progressive de fonction | Réévaluer |
| Douleur brutale / perte de force | Demander un avis |
Reprendre le sport ou le travail
L’objectif final n’est pas simplement de réaliser des exercices dans un cabinet ou à domicile.
Il est de retrouver les activités qui comptent pour vous :
- courir ;
- grimper ;
- jouer au tennis ;
- reprendre la musculation ;
- jardiner ;
- marcher longtemps ;
- porter ;
- ou réaliser normalement votre travail.
La reprise se fait progressivement en réintroduisant les contraintes spécifiques de l’activité.
Pour un coureur, cela peut signifier commencer par réduire la distance ou la vitesse avant de réintroduire les côtes et les séances intensives.
Pour un grimpeur souffrant du coude, cela peut impliquer de modifier temporairement le volume, les types de prises ou l’intensité avant une reprise graduelle.
Pour un travailleur manuel, certaines tâches peuvent être fractionnées ou temporairement adaptées.
Les signes de progression ne se limitent pas à la douleur :
- davantage d’activités sont possibles ;
- la force augmente ;
- la récupération après l’effort devient plus rapide ;
- certaines tâches sont mieux tolérées ;
- la confiance revient.
Une récupération n’est pas toujours parfaitement linéaire. Quelques fluctuations ne signifient pas nécessairement que le tendon se détériore.
Médicaments
Certains médicaments peuvent être utilisés pour diminuer temporairement la douleur.
Leur intérêt, leurs risques et leurs contre-indications dépendent du médicament, du tendon concerné et de l’état de santé du patient.
Ils ne permettent cependant pas, à eux seuls, de restaurer la capacité du tendon à supporter les contraintes.
Leur utilisation doit donc être discutée avec un médecin ou un pharmacien lorsqu’elle est nécessaire.
Une prise en charge active reste généralement importante lorsque les symptômes persistent.
Infiltrations et PRP
Le terme « infiltration » regroupe plusieurs interventions différentes. Leur intérêt ne peut donc pas être résumé par un simple « efficace » ou « inefficace ».
Les infiltrations de corticostéroïdes peuvent parfois diminuer la douleur à court terme dans certaines tendinopathies. En revanche, cet avantage n’est pas toujours maintenu à moyen ou long terme, et leur intérêt varie selon la localisation.
Elles ne constituent donc pas une solution permettant de « réparer » définitivement un tendon.
Les injections de PRP sont également proposées dans certaines situations. Les résultats de la littérature restent variables selon le tendon, les protocoles et les études.
La décision de réaliser une infiltration doit donc être individualisée et discutée avec le médecin ou spécialiste concerné.
Quelle que soit l’intervention utilisée, elle ne remplace généralement pas le travail de reprise progressive des contraintes lorsque celui-ci est indiqué.
Ondes de choc
Les ondes de choc extracorporelles peuvent avoir une place dans certaines tendinopathies, mais leur efficacité dépend fortement de la localisation et du type de pathologie.
Elles ne doivent pas être présentées comme un traitement universel des tendons douloureux.
À l’épaule, par exemple, les recommandations 2025 distinguent clairement la tendinopathie calcifiante, pour laquelle elles peuvent être envisagées, de la tendinopathie non calcifiante, pour laquelle elles ne sont pas recommandées.
Pour la tendinopathie rotulienne, les résultats sont également variables et les données ne permettent pas d’en faire systématiquement un traitement de première intention.
Elles doivent donc être considérées comme une intervention potentielle dans des situations sélectionnées, généralement en complément d’une prise en charge active.
Thérapie manuelle et ostéopathie
L’ostéopathie ne permet pas de « réparer » directement un tendon ou de remettre une structure en place.
Dans une prise en charge moderne, son intérêt repose avant tout sur l’évaluation clinique et l’accompagnement de la personne.
Lors d’une consultation, l’objectif est notamment de :
- comprendre l’apparition des symptômes ;
- rechercher une éventuelle modification récente des contraintes ;
- évaluer certains mouvements et capacités ;
- rechercher les signes indiquant qu’une autre structure pourrait être responsable ;
- identifier les situations nécessitant un avis médical ;
- aider le patient à adapter puis reprendre ses activités.
Les techniques manuelles peuvent parfois améliorer temporairement certains symptômes ou rendre certains mouvements plus confortables.
Elles ne constituent cependant pas le traitement principal d’une tendinopathie et ne doivent pas remplacer un programme actif lorsque celui-ci est indiqué.
Selon la situation, une collaboration avec un médecin, un kinésithérapeute ou un autre professionnel peut être pertinente.
L’objectif n’est donc pas de multiplier les manipulations, mais de construire une stratégie permettant progressivement de retrouver les activités souhaitées.
Combien de temps dure une tendinopathie ?
Il n’existe pas une durée universelle pour une tendinopathie.
Certaines douleurs récentes peuvent s’améliorer en quelques semaines, tandis que des tendinopathies persistantes nécessitent fréquemment plusieurs mois avant de retrouver pleinement les capacités souhaitées.
Cela ne signifie pas que le tendon « cicatrise mal ».
La récupération dépend de nombreux paramètres :
- le tendon concerné ;
- l’ancienneté des symptômes ;
- le niveau de fonction initial ;
- les contraintes professionnelles ou sportives ;
- les objectifs à retrouver ;
- certaines maladies ou facteurs de santé ;
- la qualité et la progression du programme de charge ;
- la régularité du suivi.
Il faut également distinguer diminution de la douleur et récupération complète des capacités.
Une personne peut rapidement ressentir moins de douleur mais avoir encore besoin de plusieurs semaines de travail avant de pouvoir courir, sauter, grimper ou porter à son niveau habituel.
À l’inverse, une douleur résiduelle légère peut parfois persister alors que la fonction s’améliore nettement.
Si aucune tendance à l’amélioration n’apparaît malgré plusieurs semaines de prise en charge adaptée, ou si les symptômes s’aggravent progressivement, une réévaluation est pertinente afin de revoir le diagnostic et la stratégie utilisée.
| Situation | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|
| Douleur récente | Peut parfois évoluer favorablement en quelques semaines |
| Tendinopathie persistante | Plusieurs mois de progression peuvent être nécessaires |
| Retour au sport | Dépend davantage des capacités à retrouver que d’un nombre fixe de semaines |
| Aucune amélioration malgré une prise en charge adaptée | Réévaluation recommandée |
| Aggravation progressive ou perte de force | Avis professionnel nécessaire |
Pourquoi ai-je encore mal après plusieurs mois ?
Une douleur persistante ne signifie pas forcément que le tendon continue de se dégrader.
Plusieurs explications sont possibles :
- le tendon n’a pas encore retrouvé les capacités nécessaires aux activités souhaitées ;
- les contraintes restent trop importantes ou trop variables ;
- au contraire, le niveau d’activité a été fortement réduit ;
- le programme d’exercices n’est pas suffisamment progressif ou spécifique ;
- certains facteurs de santé compliquent la récupération ;
- le système nerveux reste plus sensible ;
- ou le diagnostic initial doit être reconsidéré.
Une douleur qui ne suit pas l’évolution attendue mérite donc parfois une réévaluation plutôt qu’une multiplication des traitements passifs.
Quelles sont les tendinopathies les plus fréquentes ?
Une tendinopathie peut toucher de nombreux tendons du corps. Certaines localisations sont toutefois beaucoup plus fréquentes que d’autres.
Même si les grands principes de prise en charge sont souvent similaires, chaque tendon est soumis à des contraintes différentes. Les symptômes, l’examen clinique et les exercices proposés doivent donc être adaptés à la région concernée.
Voici quelques-unes des tendinopathies les plus fréquemment rencontrées.
Tendinopathie de la coiffe des rotateurs (épaule)
Les douleurs liées à la coiffe des rotateurs concernent la région de l’épaule.
Elles sont fréquemment augmentées lors de l’élévation du bras, de certaines activités répétitives ou lorsque l’on porte des objets.
Une douleur nocturne peut également être présente.
Toutes les douleurs d’épaule ne sont toutefois pas tendineuses. L’articulation, le cou et certaines structures neurologiques doivent parfois être évalués.

Épicondylalgie latérale : tendinopathie du coude
L’épicondylalgie latérale, souvent appelée « tennis elbow » ou anciennement « épicondylite », provoque généralement une douleur sur la face externe du coude.
Elle peut être augmentée par la préhension, le port d’objets, le travail manuel, la musculation, l’escalade ou certains sports de raquette.
La prise en charge repose notamment sur l’adaptation des contraintes et la récupération progressive de la force.
Tendinopathie rotulienne
La tendinopathie rotulienne concerne le tendon situé sous la rotule.
Elle est particulièrement fréquente dans les sports comportant de nombreux sauts, accélérations et changements de direction.
La douleur augmente typiquement avec les contraintes importantes du mécanisme extenseur du genou : saut, squat, accélération ou certaines tâches sportives.
Tendinopathie du tendon d’Achille
La tendinopathie d’Achille est fréquente chez les coureurs mais ne concerne pas uniquement les sportifs.
Elle peut provoquer :
- une douleur à l’arrière de la cheville ;
- une raideur au démarrage ;
- une douleur pendant la marche ou la course ;
- une diminution de la capacité à courir ou sauter.
Il existe notamment des formes touchant la partie moyenne du tendon et des formes insertionnelles, dont la prise en charge peut différer.
Tendinopathie glutéale (tendons fessiers)
La tendinopathie glutéale provoque une douleur sur le côté de la hanche.
Elle peut être gênante lors de la marche, des escaliers, de la course ou lorsque l’on reste couché sur le côté douloureux.
Elle peut parfois être confondue avec une douleur provenant de la hanche ou du rachis lombaire.
L’éducation sur la gestion des contraintes et l’exercice disposent de données particulièrement intéressantes dans cette localisation.
Tendinopathie proximale des ischio-jambiers
Cette tendinopathie provoque généralement une douleur profonde près de la partie basse de la fesse.
Elle est notamment rencontrée chez certains coureurs et sportifs.
La position assise prolongée, la course rapide ou certaines contraintes en flexion de hanche peuvent augmenter les symptômes.
Autres tendinopathies
D’autres tendons peuvent également être concernés, notamment le tendon quadricipital au-dessus de la rotule, certains tendons du biceps ou encore différents tendons de la main et du poignet.
Chaque localisation possède des particularités diagnostiques et thérapeutiques. C’est pourquoi des guides dédiés seront progressivement ajoutés lorsqu’ils seront disponibles.
6 idées reçues sur la tendinopathie
| Idée reçue | Ce que l’on sait aujourd’hui |
|---|---|
| « Une tendinopathie est forcément une inflammation » | ❌ L’inflammation n’explique pas seule les formes persistantes |
| « Je dois arrêter complètement le sport » | ❌ Une adaptation temporaire est souvent préférable au repos prolongé |
| « Si j’ai mal, j’abîme forcément mon tendon » | ❌ Douleur et lésion ne sont pas parfaitement proportionnelles |
| « L’échographie montre la gravité de ma douleur » | ❌ L’imagerie doit être interprétée avec l’examen clinique |
| « Une infiltration répare le tendon » | ❌ Elle peut modifier les symptômes mais ne constitue pas une réparation instantanée |
| « Massage et étirements suffisent » | ❌ Ils peuvent être des compléments, mais l’approche active occupe généralement une place plus importante |
Questions fréquentes (FAQ)
Dois-je mettre de la glace ?
La glace peut parfois diminuer temporairement la douleur. Elle n’est cependant pas indispensable et ne traite pas, à elle seule, une tendinopathie. Si elle vous apporte du confort, elle peut être utilisée ponctuellement en protégeant la peau.
Chaleur ou froid ?
Il n’existe pas de réponse universelle. Certaines personnes préfèrent le froid, d’autres la chaleur. Utilisez surtout la méthode qui améliore temporairement votre confort sans considérer qu’elle constitue le traitement principal.
Puis-je courir avec une tendinopathie ?
Souvent oui, mais cela dépend du tendon concerné et de la tolérance actuelle. Il peut être nécessaire de réduire temporairement la distance, la vitesse, les côtes ou la fréquence avant d’augmenter progressivement les contraintes.
Puis-je continuer la musculation ?
Dans de nombreuses situations, oui. Le renforcement constitue même une partie importante du traitement de nombreuses tendinopathies. Les charges, les exercices et le volume doivent simplement être adaptés aux capacités du moment.
Mon tendon risque-t-il de casser ?
Une tendinopathie ne signifie pas qu’une rupture est imminente. Le risque dépend du tendon, de l’âge, du contexte clinique, de certains médicaments et d’autres facteurs. Une douleur brutale avec claquement et perte immédiate de fonction doit en revanche conduire à une évaluation rapide.
Le collagène ou les compléments alimentaires sont-ils efficaces ?
Certaines stratégies nutritionnelles sont étudiées, mais les preuves restent insuffisantes pour considérer un complément comme le traitement principal d’une tendinopathie. Un complément ne remplace pas une prise en charge correctement adaptée aux contraintes et aux capacités.
Pourquoi ai-je davantage mal le matin ?
Une raideur ou une douleur lors des premiers mouvements est fréquente dans certaines tendinopathies, notamment au tendon d’Achille. Elle peut diminuer progressivement lorsque la région se remet en mouvement. Une modification brutale ou inhabituelle des symptômes mérite toutefois d’être réévaluée.
Peut-on guérir complètement d’une tendinopathie ?
De nombreuses personnes retrouvent une fonction très satisfaisante, y compris après plusieurs mois de symptômes. La récupération peut être lente et irrégulière, mais une douleur persistante ne signifie pas que le tendon est irréversiblement endommagé.
Conclusion
ne tendinopathie ne correspond pas simplement à un tendon « enflammé », « usé » ou fragile.
Elle associe généralement une douleur liée à certaines contraintes et une diminution des capacités du tendon, dans un contexte propre à chaque personne.
Dans de nombreuses situations, la récupération ne repose pas sur le repos complet ni sur un traitement passif unique. Les éléments les plus importants sont généralement de comprendre le problème, adapter temporairement les contraintes puis reconstruire progressivement les capacités nécessaires aux activités souhaitées.
Une échographie ou une IRM peut être utile dans certaines situations, mais l’imagerie ne doit jamais être interprétée indépendamment des symptômes, de la fonction et de l’examen clinique.
Enfin, toutes les douleurs situées près d’un tendon ne sont pas nécessairement des tendinopathies. Lorsque les symptômes sont inhabituels, s’aggravent ou ne suivent pas l’évolution attendue, une réévaluation permet de vérifier le diagnostic et d’adapter la prise en charge.
Article rédigé par Sylvain Brun, ostéopathe à Valence.
Je m’appuie dans ma pratique sur une approche fondée sur l’évaluation clinique, les données scientifiques actuelles, l’éducation du patient et la reprise progressive des activités.
Dernière mise à jour : septembre 2026.
Cet article fournit des informations générales et ne remplace pas une consultation médicale lorsqu’elle est nécessaire.